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  • Remi

UN JOUR COMME LES AUTRES

Mis à jour : 2 févr. 2019



Illustration @oursquipete (INSTAGRAM)



Quoi de mieux, après avoir commencé par la fin que de parler maintenant du début.

Quand j’écris début je veux bien sûr évoquer le moment où j’ai appris ma séropositivité.

Je sais d’avance que cela ne va pas être évident de me replonger là-dedans, mais je suis persuadé que les bénéfices seront conséquents.



Nous sommes donc en novembre 2008, et je viens de faire une rencontre extraordinaire : mon tout premier coup de foudre. Je vivais à Paris à l’époque et D (je ne donnerai que la première lettre de son prénom, après tout c’est mon choix à moi de ne plus vouloir rester anonyme) vivait à Caen, mais cela n’a jamais vraiment été un problème pour vivre notre histoire.


Au bout de quelques semaines intenses nous avons décidé d’effectuer tous les deux un bilan sanguin afin d’avoir l’esprit tranquille. Mon dernier test VIH datait de moins d’un mois donc je n’avais pas vraiment d’inquiétude au moment d’aller récupérer les résultats. 

D avait fait le sien de son coté sur Caen et moi au centre Des figuiers à Saint Paul. J’avais l’habitude d’y aller deux fois par an donc ça faisait en quelque sorte partie d’une routine. Je n’avais absolument pas pensé à convoquer un ou une amie pour m’accompagner.

Je me souviens que juste avant d’aller au centre j’étais passé chez le cordonnier pour déposer mes boots A.P.C auxquels je tenais tout particulièrement. Je ne me doutais pas que quelques dizaines de minutes plus tard je perdrais mon insouciance radicalement. 


Je suis arrivé au centre vers 14h à l’ouverture et malheureusement il y avait déjà beaucoup de monde. Je suis passé devant tout le monde, et j’avoue que je n’ai pas du tout compris pourquoi sur le moment car d’habitude l’ordre d’arrivée est respecté.

Je me suis assis. Le médecin a ouvert une enveloppe. Il m’a dit d’une voix très calme :

« Bon… C’est positif ».

Mon cerveau n’a pas du tout compris l’information sur le moment. Je me suis vraiment demandé : si c’est positif c’est que tout va bien ?

Et bien évidemment j’ai compris dans ses yeux, que non. Je me rappelle avoir ressenti instantanément ma tête bouillir, mon estomac se nouer, j’avais l’impression de flotter et de ne plus être avec le médecin, comme si mon corps était là mais mon esprit voulait s’échapper.

Le médecin m’a dit de respirer, qu’il fallait que l’on fasse une seconde prise de sang pour confirmer le résultat. Je me suis exécuté et suis allé voir l’infirmière. Tout a été fait très discrètement et j’ai le souvenir de cette infirmière très douce qui semblait vouloir m’aider mais ne le pouvait résolument pas.

Je suis revenu dans le bureau du médecin : « N’envoyez pas de messages à vos proches tout de suite, rentrez chez vous mais ne le faites pas tout de suite. Il faut que vous compreniez bien ce qu’il va se passer ».

Il m’a guidé vers un médecin « habitué » à traiter des patients séropositifs. M’a dit que les résultats parviendraient directement à ce cabinet et qu’il fallait que je le rencontre pour mettre en place la suite.

Sur le moment je n’ai pas vraiment été attentif, je n’avais aucune question, je savais juste que 20 minutes avant j’étais terriblement amoureux et que je ne comprenais pas pourquoi tout cela se passait ainsi.

Pendant la consultation j’ai reçu un message de D qui venait de récupérer ses résultats :

« C’est ok pour moi. Tu me dis quand c’est bon pour toi. »

Le problème c’est que ça n’était pas bon pour moi… Et que je n’avais qu’une peur, au-delà du reste, c’était de le perdre.


Je suis sorti discrètement du centre, par la porte de derrière. Même si avec du recul je trouve cela très négativement symbolique car cela m’a conditionné dès le début à avoir honte, j’étais aussi rassuré de ne pas avoir à traverser la salle d’attente en larme. 

Je me suis assis sur le trottoir, seul, et j’ai pleuré.

J’ai compris que j’allais avoir besoin de temps pour digérer donc j’ai décidé d’appeler ma responsable pour lui dire que je serais absent pour une durée indéterminée. Elle a bien senti au son de ma voix que ça n’allait pas du tout. Elle a eu une réaction très rassurante et m’a juste dit de la tenir informée. 

Je suis rentré de Saint-Paul à Voltaire à pied, le cerveau complément embrumé, les larmes ne cessant de couler. Ces 20 minutes de marche ont été les plus longues de ma vie.


Lorsque je suis arrivé j’ai appelé D et mon silence mêlé aux larmes lui ont permis de comprendre que les nouvelles n’étaient pas bonnes. Il a beaucoup pleuré avec moi au téléphone. 

D ne pouvait pas arriver avant le lendemain, du coup j’ai appelé une de mes sœurs qui vivait elle aussi à Paris en lui indiquant l’urgence de sa présence. J’ai également contacté deux de mes meilleurs amis, dont l’un fêtait son anniversaire le jour même. J’aurai préféré lui faire un tout autre cadeau.


Ma sœur est arrivée la première et tout de suite m’a enlacé en utilisant tous les mots les plus rassurants qui venaient à elle. Sa force m’en a beaucoup donné. Nous nous sommes entendus pour dans un premier temps garder cette information pour nous. La distance avec mes parents et mon autre sœur auraient décuplé l’inquiétude et il était évident qu’il fallait en parler de vive voix ensemble mais certainement pas au téléphone. Le mari de ma sœur (à l’époque boyfriend uniquement) est venu chez moi également pour apporter son soutien, à ma sœur et peut être aussi à moi. 

Mes amis sont arrivés en fin de journée. L’ambiance était bien évidemment pesante. Nous avons très vite décidé d’aller dîner juste en bas de chez moi. 

La présence de ma sœur, mes amis m’ont donné le tempo pour la suite : il fallait avancer.

Je n’ai pas un mauvais souvenir de ce repas. Je me rappelle même avoir gouté pour la première fois un Parmentier de canard. C’est fou la façon dont fonctionne le cerveau, les souvenirs qu’il ancre, parfois insignifiants. 

D est arrivé le lendemain, m’a pris dans ses bras et mes peurs de le perdre se sont échappées.


C’était bon, je commençais à construire mon armée pour me reconstruire et passer les prochaines étapes qui allaient de toute évidence ne pas être simples.

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