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  • Remi

TEMOIGNAGE - LA CONFIANCE N'EXCLUT PAS LE CONTRÔLE




"En guise d'introduction, j'ai décidé d'accoler quelques mots au témoignage de B.

Premièrement en vous demandant simplement de ne pas juger son récit qui selon moi est très important car tellement d'actualité sur la façon dont le sexe est consommé aujourd'hui.

Il est impératif de prendre soin de sa santé sexuelle et j'ai déjà eu l'occasion de

l'écrire sur le blog.

Ce sur quoi je n'ai pas encore suffisamment insisté à mon sens est l'importance de se faire dépister. Nous avons la chance, en France, de pouvoir le faire simplement et sans contraintes. L'autre chance que nous avons est celle d'avoir des traitements efficaces pour empêcher de tomber malade et de contaminer nos partenaires. Cependant trop de personnes ignorent leur sérologie, trop de personnes s'octroient le luxe de ne pas vouloir la connaitre alors que dans d'autres pays ils ne demanderaient qu'à se faire soigner.

Prenez soin de vous et des autres.".



B, 23 ans, Roissy-en-Brie


Tout a commencé un samedi soir. J’étais chaud. Je me suis connecté à Grindr à la recherche d’un plan cul et c’est là que j’ai trouvé ce trentenaire, blond aux yeux bleus.

J’engage la conversation, on s’échange quelques messages, quelques photos et très vite, il m’envoie son adresse. Je m’y rends. Sur la route, on continue de discuter. Discussion pendant laquelle il est convenu qu’on baiserait sans capotes dans la mesure où lui était sous PrEP.

J’arrive chez lui, il me déshabille et je jouis en lui à deux reprises. Après ça, il m’annonce qu’un ami à lui est sur le point d’arriver pour la soirée. Il me propose de rester avec eux et j’accepte. Son ami arrive, très gentil. On discute, on rigole, on boit, on fume des joints, tout se passe très bien. Là, notre hôte propose de la cocaïne. Je me suis toujours interdis l’usage de produits à sniffer, mais entrainé́ par la bonne ambiance j’accepte.

La soirée continue. Le jour se lève. On décide d’aller se coucher et là, il me propose de remettre à nouveau le couvert devant son ami. Malgré la gêne, j’accepte, en espérant que son ami, très sexy aussi, se joigne à moi, mais non. On s’endort.

Le lendemain, on se réveille, son ami s’en va, mais moi, je reste. Nous passons une bonne partie de la journée dans son lit à regarder des vidéos sur YouTube. Je commence peu à peu à réfléchir et à me poser une question suite aux échanges de la veille : est-il vraiment sous PrEP ? En effet, lors de la soirée, il expliquait être néerlandais et ne pas avoir de carte vitale. Comment se procure-t-il donc la PrEP ? Je lui demande de me montrer ses cachets, et il m’explique les avoir oubliés chez ses parents lors d’un récent voyage aux Pays-Bas.

Je commence à comprendre ce qu’il s’était passé, sans réellement le mesurer et surtout, sans vouloir y croire.

Nous convenons ensuite de nous revoir le soir même pour aller diner ensemble. J’accepte. Je repasse chez moi, je me douche et en toute honnêteté, je me pose un million de questions sur cette histoire de PrEP oubliée aux Pays-Bas. Je lui envoie un SMS pour lui reposer la question. Il me dit de ne pas m’inquiéter. Pour me rassurer, je lui propose de ramener un autotest et de lui faire avant de sortir dîner. Il accepte.

Après un petit détour par la pharmacie, j’arrive chez lui. L’ambiance est étrange. Je lui fais l’autotest. Jamais 15 minutes n’avaient été aussi longues. Négatif. Me voilà rassuré. Il part dans les toilettes et ne revient pas. Je vais le voir, pour savoir si tout va bien, et là, il fond en larmes. Il m’explique qu’il m’a menti, que depuis trois mois il se fait uniquement prendre sans capote et que par conséquent, le test n’est pas fiable. J’étais partagé entre l’envie de pleurer, et celle d’agir. Et j’ai agi. Je lui ai demandé de m’accompagner au service d’urgences le plus proche.

Il était 20h45 lorsque nous sommes arrivés. Le début d’un cauchemar. J’ai attendu jusqu’au lendemain à 11h45 pour pouvoir repartir. Toute la nuit, il était avec moi, il s’excusait, encore et encore, mais je n’arrivais pas à comprendre ce qui était en train de se passer. Tout allait bien pour moi, donc je lui disais que ce n’était pas grave et que dans quelques jours, ça ne serait plus qu’un mauvais souvenir.

L’infirmière m’appelle, me pose quelques questions concernant la prise de risque. Elle me fait ensuite une prise de sang et me prescrit un TPE (Traitement Post Exposition) pour une durée de 5 jours à renouveler si besoin. Après 5 jours, j’ai rencontré l’infectiologue de l’hôpital qui me l’a renouvelé pour 28 jours. Le TPE, cette putain de trithérapie qui résume ta vie en deux mots : nausées et diarrhées.

Après plusieurs semaines de traitement et deux longs mois de post-traitement, je suis retourné faire des prises de sang pour la énième fois. Tout était négatif. J’étais heureux, soulagé. Mon « plan cul » du samedi soir lui, n’a pas eu cette chance. Il est aujourd’hui séropositif.

C’est la première fois, depuis que c’est arrivé, que j’en parle. Et si j’en parle, ce n’est pas pour que l’on me plaigne. C’est juste pour vous rappeler de ne pas faire confiance à des inconnus et de vous faire tester tous les 3 mois. Si vous ne voulez pas utiliser de préservatifs, choisissez la PrEP, c’est gratuit et plus fiable qu’un préservatif contre le VIH. C’est le moyen de protection que j’ai choisi après cette histoire.


Liens utiles :

https://www.aides.org/prep

https://www.sida-info-service.org/traitement-post-exposition/

http://sante.lefigaro.fr/article/sida-25-000-personnes-ne-savent-pas-qu-elles-sont- seropositives-en-france/







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