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  • Remi

MENSONGE PAR OMISSION

Mis à jour : 10 déc. 2019


Illustration @oursquipete (INSTAGRAM)

J’avais prévu de vous parler cette fois-ci du fait d’être « outté » sur sa sérologie mais finalement, hier soir, j’ai eu une intéressante conversation avec un garçon sur Grindr.


Celui-ci m’a directement interpelé en me parlant du blog (j’ai connecté mon compte Instagram à mon profil et donc au JOURNAL POSITIF). Il m’a raconté qu’il avait rencontré un garçon et que celui-ci lui avait annoncé sa séropositivité après quelques semaines de relation. Il m’a dit l’avoir vécu comme une trahison, un mensonge et avait l’air paniqué à l’idée d’avoir pu contracter le virus. En creusant un peu, je me suis rendu compte que leurs rapports sexuels avaient toujours été protégés. Il me semblait important de lui signifier que si ce garçon était indétectable et qu’en plus, les dispositions de protection avaient été prises, l’inquiétude était vraisemblablement superflue.


En me lisant, il a eu l’air un peu rassuré, notamment sur l’indétectabilité.


J’ai voulu m’intéresser à la suite de son histoire avec ce garçon.


Après l’avoir appris, il avait mis un terme à leur relation prétextant le fait que lui avoir caché avait écorché sa confiance et donc clairement refroidi. J’avoue pouvoir entendre en partie cela. Néanmoins, je comprends aussi l’autre personne, celle qui est séropo et qui a envie de faire une rencontre le plus normalement possible et n’a pas forcément envie de se raconter intimement au premier rancard.


J’ai essayé de faire comprendre à ce garçon que cela n’était pas par plaisir, que nous n’en parlions pas forcément tout de suite, mais plus dans le souci que l’autre se concentre sur nous, ce que nous sommes et nous donner une vraie chance de faire une belle rencontre. J’ai moi-même eu à dire à de nombreux « crushs » que j’étais séropo et j’ai souvent été rejeté à cause de cela.


Inconsciemment, cela a un peu foutu la merde dans ma tête et mes intentions avec mes rencontres qui ont suivi. Mais je me suis vite rendu compte que de ne pas en parler n’était pas du tout une solution. J’ai voulu que ce garçon comprenne que le fait de ne pas oser le dire n’était pas un mensonge ou une trahison (dans ce cas précis) mais plus un problème de fond créé par le regard que la société porte sur les personnes atteintes du VIH. Regard qui crée une honte, une crainte vis-à-vis de l’autre et donc une appréhension pour pouvoir en parler.


Personnellement, quand je m’aperçois qu’une personne me ment ou me dissimule des choses, je me questionne de suite en me disant :

« Pourquoi cette personne ne s’est pas suffisamment sentie en confiance pour me dire la

vérité ?» .

J’essaie de prendre un peu de recul même si la solution de facilité serait de faire culpabiliser l’autre sans me remettre en question. Et si jamais je n’ai pas envie de faire cette démarche, c’est probablement parce que je me cherche simplement une excuse pour fuir.


Je ne sais pas si ce garçon a entendu le message que j’ai essayé de lui faire passer. Pour ma part, aujourd’hui je n’ai plus à « dévoiler » quoique ce soit puisque le JOURNAL POSITIF s’en charge pour moi. C’est un vrai soulagement et ma démarche est très bien

perçue et acceptée. On me dit souvent que j’ai des « couilles » et j’avoue préférer largement être perçu comme ce garçon qui ose affronter le regard des autres, qui prend la parole plutôt que cet ancien moi qui baissait les yeux et avait peur de tout.


J’ai fait quelques rencontres depuis. Le blog vient toujours s’inviter dans la conversation pour créer un peu de débat et j’aime bien cela.


Il y a de nombreuses étapes à traverser dans l’acceptation de sa séropositivité. Acception vis-à-vis de soi, des amis, de la famille. L’évoquer autour d’un verre quand on a un date n’est pas très évident à concrétiser. Et puis vient ce jour où l’on n’en a plus rien à foutre de ce que pensent les autres.


Chez certains, cette dernière étape arrive très vite, chez d’autres (moi) elle a pris un peu de temps, et malheureusement chez beaucoup, elle ne sera jamais verbalisée, affirmée.

Je sais qu’une majorité de séropos se disent :


« Je n’ai pas à en parler, ça ne regarde personne, c’est intime, ça ne définit pas ma personnalité, je ne veux pas inquiéter les gens, mes amis, j’ai peur de perdre mon travail si je le dis... »


Je me suis moi-même auto-convaincu de tout ça, parce que j’étais rassuré par l’idée de contrôler la propagation de cette information. Sauf que je me suis fortement trompé. C’est un chemin et jamais je n’aurais cru que j’avais une âme de militant. Pourtant c’est bien

ce que je suis en train de faire.


J’ai eu le sentiment hier, en échangeant avec ce garçon un peu perdu, que notre échange avait vraiment apaisé ses craintes. Je ne suis pas sûr que mon intervention en faveur de l’autre garçon ait été bien reçue, mais bon, je pense que la responsabilité de ce qui a été qualifié de trahison impardonnable n’est pas forcément sur ce mec séropo. Bien évidemment, chaque situation est différente et là on parle d’un mensonge par omission sur une période relativement courte et sans prise de risque.


Peut-être qu' avec des initiatives comme celle du JOURNAL POSITIF, qui à priori rassure beaucoup de personnes d’après les échos que l’on m’en fait, les mentalités évolueront. En tout cas je l’espère profondément.

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