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  • Remi

12 - LIBRE

Mis à jour : janv. 25


Illustration @oursquipete (INSTAGRAM)

Aujourd’hui, j’ai eu envie de développer l’acte de libération de la parole et d’essayer de comprendre pourquoi il a été si important pour moi.

Qu’est-ce qu’ÊTRE LIBRE ?

Si vous relisez le récit « LE DÉCLIC », vous comprendrez probablement ce qui m’a aidé à me lancer dans la création du JOURNAL POSITIF.

Seulement il y a un cap entre « décider de dire systématiquement lors d’une nouvelle rencontre qu’on est séropo » et « lancer un blog en affirmant son identité, sans se cacher ».

Quel est le but finalement de ne plus avoir envie d’être anonyme ?

Le but est de mettre un terme à l’image que les gens ont du VIH, d’humaniser le VIH et de cesser de le diaboliser, de dire que NOUS, porteur·euse·s du virus, nous nous battons pour que notre vie soit la plus normal possible et que VOUS, personne mal informée, nous la rendez vraiment compliquée.

Il y a tout un fantasme autour du VIH qui personnellement me met mal à l’aise car il est complètement dépassé. Nous avons été matraqué•e•s dans les années 80/90 médiatiquement avec des images très fortes et malheureusement liées à la mort, car cette réalité a existé. Sauf que depuis que les traitements ont fait leur apparition, la communication vis-à-vis du VIH reste essentiellement préventive. Le peu de communication qui est faite pour faire passer des messages positifs passe complètement inaperçue. Pourquoi ? Parce qu’une affiche dans le métro n’a absolument plus d’impact sur les gens. Pour se faire entendre il faut faire dans le sensationnel. À titre d’exemple, c’est ce qu’a fait Act Up dès le début de son action et ça fonctionnait.

Pour ne pas faire de langues de bois, tout le monde se fout du VIH et du SIDA. La population gay est complètement sérophobe et la population hétérosexuelle ne se sent absolument pas concernée. Je ne vais pas faire un rappel de chiffres et de pourcentage, mais il serait probablement intéressant d’en avoir connaissance.

De façon générale, l’être humain est dans le déni. Tant qu’il n’est pas “frappé” par un sujet, il ne s’y intéresse pas.

Je vais faire un parallèle que vous trouverez peut-être maladroit avec les attentats que nous vivons en France depuis plusieurs années.

Personnellement j’ai été très choqué de la réappropriation émotionnelle que les Françai·se·s en ont faite. Dois-je rappeler que ce genre de choses arrive tous les jours dans d’autres pays que le nôtre sans que nous nous en émouvions ? Faut-il qu’une bombe explose devant nos visages pour que nous nous réveillions ?

Finalement, l’existence du blog est un vrai challenge car je tente de communiquer sur un sujet qui n’intéresse personne à moins d’y être confronté·e et de devoir s’y intéresser.

Je ne vais pas revenir sur le fait que je suis un spécimen chanceux vis-à-vis de la maladie. Je pense surtout à celleux qui parfois doutent, craquent, se sentent seul·e·s, épuisé·e·s. J’ai ressenti tout ça même en étant entouré et je me dis que mes mots, sans aucune prétention, peuvent peut-être les adoucir et les rassurer.

J’aurais aimé lire ce genre de texte il y a dix ans. J’aurais tellement aimé rencontrer quelqu’un qui me dise : « Mec, je suis séropo, je suis heureux et tu vas l’être. »

Les médecins me l’ont dit, mes ami·e·s ont fait en sorte que je le sois, ma famille également, et ça m’a pris dix ans pour comprendre qu’en effet je pouvais l’être. Pour réellement l’être il m’a fallu parler, cesser de me dissimuler, de me cacher derrière des mensonges, des non-dits.

Je souhaite encore faire un parallèle, mais avec la communauté homosexuelle cette fois-ci.

Finalement, ça n’est pas la première fois que j’ai à dissimuler ce que je suis. Avant ça, j’avais plus ou moins dû aussi cacher que je préférais les garçons. Autant vous dire que lorsque l’on grandit dans le Périgord, nous ne sommes pas vraiment invité·e·s à assumer notre homosexualité. Il y a donc eu cet automatisme, ce réflexe que j’ai acquis depuis tout petit de ne pas être moi.

Mon coming-out, je ne l’ai fait ni tout seul ni volontairement. Je ne l’ai pas fait parce que je n’en pouvais plus de garder le secret, ou parce que j’étais amoureux et que j’avais envie de le crier sur tous les toits.

J’avais 16 ans. Mon père avait fouillé dans ma chambre et y avait trouvé quelques numéros du magazine TÊTU, il m’avait donc plus ou moins “outé” malgré moi.

Je n’ai donc jamais eu à révéler que j’étais gay, on s’en est chargé pour moi. Par contre ce qui était encore bien ancré était ce mécanisme de garder les choses, de les taire. Le mensonge par omission était ce que j’avais toujours connu et c’était devenu ma zone de confort.

Mais du coup, j’en profite pour m’analyser un peu plus.

Je ne me suis jamais senti appartenir à la communauté gay et je me suis toujours demandé pourquoi. Probablement parce que je n’ai pas eu le temps d’en avoir besoin finalement puisque j’ai eu très vite le soutien de ma famille et mes ami•e•s.

Alors oui j’ai un peu traîné dans le Marais, mais plus pour l’architecture du quartier pour ses bars et lieux de drague. Néanmoins cette communauté est nécessaire car nous n'avons pas tou·te·s la même chance.

Beaucoup se demandent si la Gay Pride est encore légitime et pourquoi elle est toujours aussi provocante ? Parce que nos droits sont encore bien fragiles et notre liberté d’exister toujours aussi menacée.

Provoquer pour exister : cela semble être définitivement le seul moyen de se faire entendre.

Pourquoi faire le parallèle avec le VIH ?

Parce que le sujet met tout autant mal à l’aise, qu’il suscite tout autant le rejet, qu’il réduit tout autant (si ce n’est plus malheureusement) au silence.

Pourquoi ?

Pour les mêmes raisons : parce que les personnes qui ne se sentent pas concernées ne s’informent pas, ne s’intéressent même pas au sujet. Nous vivons dans un monde où l’on utilise les réseaux sociaux pour partager des vidéos de chats faisant des grimaces au lieu de prendre à bras le corps des sujets véritablement importants.

Le VIH n’est pas le seul bien sûr. Finalement, il n’est qu’un prétexte pour évoquer l’absurdité de ce que nous faisons de nos vies.

Pour en revenir au blog, j’ai compris qu’il ne pourrait pas intéresser tout le monde. Devrais-je pour autant me remettre en question ? Était-ce un problème de fond ? de forme ?

Je ne suis pas auteur. J’écris et compose mes récits de la façon dont je parle donc il est fort probable que cela puisse être très désagréable à lire pour certaines personnes. Seulement le propos n’est pas vraiment celui-ci. Peu importe que je tisse un blog esthétiquement joli, que je poste mes histoires à 18h parce que c’est ce qu’il faut faire, que je ne raconte pas trop de choses d’un coup pour laisser le lecteur dans l’attente. J’ai failli perdre l’envie de continuer à écrire à cause de tous ces commentaires.

Ce blog a pour vocation de rester authentique, sans filtre. J’ai mis tellement de temps pour libérer ma parole vis-à-vis du VIH, de mon homosexualité, pour être moi.

Informer, communiquer, créer du lien, être libre : voilà le propos du JOURNAL POSITIF.



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