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  • Remi

DU COURAGE ?

Mis à jour : nov. 18


Pourquoi est-il important d’être visible et pourquoi dans mon cas cela n’a rien de courageux?

J’ai eu la chance de rencontrer un être un peu à part la semaine dernière pour l’enregistrement de son premier podcast (ici).

L’entretien que nous avons eu a été tellement riche. Je crois ne m’être jamais autant livré à un inconnu. Je ne sais pas encore à quoi ressemblera le montage mais je suis très serein et curieux...

Notre échange s’est concentré sur le fait de m’être rendu visible et le mot courage a été évoqué :

« Qu’est-ce que l’on pourrait dire de ton action ? Qu’elle est courageuse ? »

Je ne sais pas pourquoi mais à chaque fois que l’on m’envisage comme cela j’ai envie de hurler.

J’ai envie de développer aujourd’hui ma pensée sur cette notion de courage qui je trouve n’est pas forcément appropriée à mon histoire personnelle.

Découvrir sa séropositivité c’est apprendre à vivre avec et il n’y a pas qu’une façon d’y arriver. Il y a autant de solutions que de personnes séropositives.

Parfois le chemin est simple, doux, parce que les personnes sont armées pour y arriver. D’autres fois, le chemin est plus long, plus tortueux, plus douloureux. Tous les séropositifs ne sont pas obligés de se saisir de la parole, de se rendre visible. C’est un choix qui appartient à chacun.

Je vais vous dire pourquoi ce que je fais n’est pas courageux. Vous avez bien compris finalement au fur et à mesure des lectures que le projet du Journal Positif s’inscrit dans une évolution naturelle de mon "moi" vers l’acceptation de ma séropositivité. C’est absolument sans contraintes que je me suis lancé. Bien évidemment j’aurais préféré ne pas avoir à faire ce blog, cela aurait peut-être signifié que notre société n’en avait pas besoin mais il va de soi que c'est tout le contraire.

Voilà comment j’aimerais que l’on qualifie ma prise de parole : de nécessaire.

Me dire à moi que j’ai du courage revient à dire que celles et ceux qui se taisent n’en ont pas. Je trouve le terme infiniment maladroit. J’ai été ce garçon qui ne voulait pas l'évoquer en société, j’ai été ce garçon qui appréhendait d’en parler à ses partenaires. Étais-je moins courageux qu’aujourd’hui ? Non, j’ai simplement pris le temps dont j’avais besoin pour me rendre visible. J’aurais aussi pu ne pas en avoir besoin, envie.

Dernièrement certaines personnalités ont été contraintes de parler de leur séropositivité à la presse car menacées d’être "outtées".

Elles ont été obligées de rompre avec le chemin qu’elles avaient emprunté vers cette acceptation. Là nous pouvons parler de courage. Parce que se mettre à nu sous la menace, cela n’a rien de naturel. C’est simplement cruel. Il est probable que des personnes comme Conchita Wurst ou Gareth Thomas tirent énormément de bénéfices du fait de s’être rendus visibles, néanmoins cela pourrait aussi ne pas être le cas. Je suis extrêmement choqué que l’on puisse utiliser la séropositivité d’une personne pour la manipuler mais cela illustre à la perfection la façon dont notre société perçoit le VIH encore aujourd’hui.

Devrais-je avoir honte, peur ? C’est étrange cela me refait penser à l’analogie que j’ai déjà pu faire entre le fait d’être Gay ou Séropo.

Quand j’ai décidé de prendre la parole je ne savais pas où cela me mènerait. Je l’ai fait avec mon instinct et sans filtres.

Je suis de plus en plus en colère de vivre et de subir vos normes. Petit à petit je me rends compte à quel point ces normes m’ont rendu malheureux, et bien avant d’être séropo : parce que j’avais envie d’avoir une Barbie quand j’étais petit et que je n’en ai jamais eu, parce qu’on m’a forcé à faire du foot alors que je n’en avais rien à foutre, parce qu’à force de me sentir mal d’être moi la nourriture est devenue un refuge, que les idées suicidaires sont apparues (à l’époque) comme une solution. Voilà comment la société m’a fabriqué. Aujourd’hui je me bats pour déconstruire toutes mes névroses, frustrations et pour m’aimer. Cela passe par tout un tas d’actes positifs pour et vers moi-même mais je n’arrive pas à me débarrasser de ma colère.

Les combats seront longs, car oui il y en a une multitude à mener. Tant de personnes hors normes décident d’exister aujourd’hui et se rendent visibles. Probablement que l’explosion des réseaux sociaux a agi comme un accélérateur de parole dû à la frustration et à la mauvaise image que cela nous renvoie de nous-même. Heureusement que des réponses positives comme celles de My JoJo ou I_Weigh sur Instagram voient le jour.

Je crois que l’une des façons de combattre les discriminations, comme la sérophobie et tant d’autres, c’est simplement d’exister sans se préoccuper de l’effet que cela aura sur les autres. C’est de se respecter soi, de s’aimer et de ne pas se cacher par peur de mettre l’autre mal à l’aise. Peut-être est-il courageux finalement de tenter d’être soi dans notre société … J’ai tellement d’admiration pour toutes ces personnes que vous qualifiez de marginales, parce qu’elles décident juste que vos codes ne les empêcheront pas d’être heureuses.

Nous sommes en train de déconstruire ces codes, petit à petit. Il ne faut pas s’arrêter là.

C'est peut-être du courage, mais c'est surtout nécessaire.

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