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  • Remi

COMING OUT

Mis à jour : 8 mai 2019



Illustration @oursquipete (INSTAGRAM)


Bon, cela fait trois semaines que j’ai lancé le blog et je me demandais de quoi j’allais vous parler.

Finalement c’est tout naturellement que je me suis dit :

« Pourquoi ne pas raconter comment tu te sens depuis que tu as pris la parole ? ».

Déjà faisons un petit bilan.


Avant la création du JOURNAL POSITIF mes amis proches et ma famille étaient au courant ce qui m’a bien évidemment permis d’avancer et je tiens à les remercier de la force qu’ils ont su me donner. Mais quand bien même j’étais entouré, un véritable manque me rongeait. J’ai longtemps été incapable de savoir quoi.


Un jour j’ai eu une conversation sur une application de rencontre avec un garçon et puis on s’est parlé de nos séropositivités respectives. On a même eu envie de s’appeler parce que l’un comme l’autre vivions dans l’isolement sans nous en rendre compte. C’est fou de se savoir compris et entendu par une personne que finalement on ne connait pas. Ça m’a fait un bien incroyable de discuter avec lui.


Peu de temps après j’ai fait la rencontre d’une jeune femme, M, via une de mes meilleures amies (vous suivez ?). Nous avons beaucoup parlé pour tenter de nous découvrir et puis naturellement nous en sommes venus à aborder nos situations amoureuses respectives.

« Et toi, tu as quelqu’un ? ».

M m’a raconté un peu son parcours, sa maladie (qui n’est pas liée au VIH) et qui tout comme moi ne se voit pas forcément. Ce qui m’a frappé dans notre échange ce sont les similitudes de rejets auxquelles elle aussi est confrontée lorsqu’elle se confie. Je vous avoue que j’ai été bouleversé par son témoignage car je me suis senti tout de suite connecté à elle.

Qu’est-ce qui nous rapprochait finalement ? Notre souffrance probablement et surtout une envie de vivre encore plus forte.

C’est terrible mais même si j’ai eu l’entourage le plus merveilleux qui soit, ce que je cherchais depuis tout ce temps c’était une personne comme moi, qui me ressemble, tout simplement parce que cela fait du bien de se sentir totalement compris sans même avoir à parler. M m’envoyait un message fort. « Il faut vivre intensément et aimer. ». Elle ne l’a peut-être pas dit mais c’est ce que moi j’ai entendu.


Au tout début de l’infection, mon médecin m’avait conseillé de parler à un psy, si jamais… Je n’en ai pas ressenti le besoin.

Je suis allé voir l’association AIDES avec mon meilleur ami, j’avais envie de me rendre utile, même si je ne savais pas comment.

Je faisais les choses à l’envers. Je ne comprenais pas que si je voulais aider les autres, il allait d’abord falloir que j’accepte tout ce qui se passait, que le chemin serait long et qu’un jour peut-être j’aurais la force de venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin.

J’ai lancé ce blog tout simplement parce que si j’étais tombé sur ce genre de témoignages il y a dix ans, j’aurais peut-être mieux accepté ma séropositivité.


J’ai eu énormément de messages depuis trois semaines. Je n’ai eu aucun message négatif.

Des séropos m’ont remercié de prendre la parole alors qu’eux n’y arrivaient pas. Un garçon m’a écrit que j’allais contribuer à changer le monde. Un autre qu’il était admiratif. Un autre qu’il avait appris des choses en me lisant … Des personnes séronégatives m’ont dit qu’elles avaient l’impression de découvrir ce qu’était « vivre avec le VIH en 2018 ».


Je ne vais pas vous mentir, je suis très mal à l’aise lorsque l’on me dit que l’on m’admire ou que je suis fort et courageux. Je n’ai pas lancé le JOURNAL POSITIF pour recevoir tout cet amour, je l’ai lancé pour que les personnes comme moi se sentent moins isolées et pour éclairer les gens sur le VIH et ma réalité. Néanmoins j’accepte avec plaisir toute la bienveillance que vous m’offrez.

Dans l’imaginaire collectif le VIH est encore synonyme de « mort », cela est encore le cas malheureusement lorsqu’une personne n’est pas dépistée à temps.

Mais pour tous les autres, celles et ceux qui portent le VIH, qui sont suivis par un médecin, qui prennent un traitement, la vie ne s’arrête pas et les rêves non plus.


Si vous saviez tout ce que j’ai vécu depuis dix ans, je peux vous assurer que rien n’est impossible. Au début oui, je me suis dit : « ma vie est foutue » et j’ai bien compris que c’était tout le contraire.

Ma vie là, depuis que je suis atteint du VIH, je ne l’échangerai avec personne.

Des moments tragiques nous en vivons tous. Ce qui est important c’est de transformer nos douleurs en force.


J’ai donné deux interviews cette semaine. Une pour un jeune étudiant en journalisme et une autre pour TÊTU. J’ai eu très peur de ne pas être à la hauteur du message que je souhaite porter. C’est un exercice compliqué de se dévoiler à un inconnu face caméra, ou à son micro.

Par contre je n’ai plus peur de montrer mon visage, de faire entendre ma voix. Voilà ce que je ressens aujourd’hui. Je suis soulagé de ne plus avoir à chuchoter quand je parle de VIH en terrasse de café, je suis soulagé de me dire que je n’aurais plus à avoir peur d’annoncer que je suis séropo. C’est un choix qui m’appartient et j’ai pleinement conscience que certaines personnes ne comprennent pas et pensent que je « m’exhibe ».

Sachez seulement une chose : je ne le fais pas que pour moi, c’est aussi pour vous.

Si nous continuons de nous taire, peu importe la cause que l’on défend finalement, nous ne ferons pas progresser les mentalités. En écrivant, en racontant mon histoire je n’aspire qu’à cela.

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