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  • Remi

BONNE ANNEE

Mis à jour : nov. 17



Illustration @oursquipete (INSTAGRAM)

Depuis quelques jours, je m’interroge.

« Tu as lancé ton blog. Tu y as raconté des étapes importantes, évoqué tes traumatismes. Qu’est-ce que tu vas bien pouvoir dire maintenant ? »

Dans l’idéal, j’aimerais vraiment que vous aussi vous me partagiez vos expériences avec le VIH. Malheureusement, pour le moment, je n’ai pas reçu de témoignages. Quelques personnes m’ont dit :

« J’ai envie d’écrire, je le ferai. »

Je réalise à quel point finalement, l’acte d’écrire n’est pas si anodin, pas si simple à concrétiser.

Comme je l’ai raconté auparavant, l’écriture fait partie de ma vie depuis toujours. J’ai entamé un nombre incalculable de romans, de nouvelles, de poésies parfois sans jamais aller au bout. Je crois que si je ne terminais pas, c’est simplement que l’intention à l’époque n’était pas suffisamment altruiste. L’écriture à ce moment-là était thérapeutique, elle m’aidait à sortir ces mots que je n’arrivais pas à dire, à les rendre réels, à structurer ma pensée et souvent à soulager mes peines de cœurs.

Je fus un vrai cœur d’artichaut alors il fallait bien que j’expulse mes frustrations et déceptions d’une façon ou d’une autre.

Avant le lancement du blog, personne n’avait jamais rien lu de moi.

Tout ce que j’écris aujourd’hui se pose spontanément sans que j’y réfléchisse trop. J’ai un rapport très émotionnel aux mots, à la vie de façon générale.

J’ai relu mes textes : ceux du blog.

Parfois je me dis que mes formules ne sont pas les bonnes, que je ne pense pas vraiment les choses de la façon dont elles sont écrites. J’ai même envisagé de retravailler mes récits.

Quel en serait l’intérêt ? Ces mots sont un bout de moi à un instant T et s’il y a bien une chose dont je me fiche c’est du jugement que l’on peut porter sur ce que j’écris.

Aujourd’hui, je pense comme ça mais demain peut-être plus. Je suis gémeaux après tout.

Je ne vais pas vous mentir, au tout début le blog a été thérapeutique. Je ne peux pas vraiment décrire ce que cela a provoqué en moi. Mais aujourd’hui c’est différent. Je me sens aussi responsable des choses que j’écris et que vous allez lire. La responsabilité ajoute une pression que je n'avais pas envisagée. Les avis de tout le monde aussi viennent écorcher ma spontanéité et mes intentions.

Je ne refuse pas le dialogue. Je ne refuse pas que l’on puisse ne pas aimer mes textes et la façon dont ils sont écrits, pensés, orthographiés, … Je refuse que l’on me juge en revanche. Car si aujourd’hui je vous balance au visage toutes mes histoires, c’est bien parce que nous vivons dans une société qui nous fabrique nos angoisses. Si être séropo en 2019 n’était pas un problème de société, mon blog n’existerait pas.

J’ai récemment réalisé le recul que j’avais sur moi-même et sur le projet du JOURNAL POSITIF.

Peut-être ne le savez-vous pas, mais j’avais fait une interview pour TÊTU et la vidéo a été mise en ligne le week-end du nouvel an. Sur les réseaux sociaux, quelques personnes y ont posté des commentaires dégueulasses.

Vous voulez que je vous dise l’effet que cela a eu sur moi ?

Intellectuellement, cela m’a révolté, mais émotionnellement rien. Pas une once de blessure. Je sais pourquoi je fais ce que je fais aujourd’hui et je ne le fais pas pour moi. Alors oui, je prends la parole sur une vidéo, je donne ma voix sur une radio, je pose mes mots sur le web mais je ne suis qu’un prétexte. Le fond du sujet n’est pas de savoir si j’ai été blessé par ces commentaires diffamatoires, sérophobes, homophobes. Ce sont toutes les personnes séropositives que l’on attaque en m’attaquant moi. Enfin, c’est ce que j’ai ressenti et je me suis dit :

« Merde, cette haine n’est pas du tout le but recherché. Est-ce que je m’y prends mal ? Qu’est-ce que j’ai pu dire pour générer ces mots ? »

Je me suis tout de suite senti coupable en me disant que j’avais du mal m’exprimer.

Mais non, il faut que j’accepte que je ne pourrais jamais convaincre tout le monde.

Les commentaires ont depuis été modérés par TÊTU.

Écrire pour soi et écrire pour les autres, cela n’est vraiment pas pareil. L’intention est fondamentalement différente. Pourtant, j’ai le sentiment de me parler à moi là maintenant, pour me convaincre et me rassurer que mes blessures n’en sont pas et le fait de savoir que vous allez pouvoir me lire va rendre ce sentiment réel. Mon blog n’est finalement pas si altruiste.

Je retire ce que j’ai dit : lorsque l’on écrit pour soi ou pour les autres, l’intention peut être la même : se guérir. Ce sont les moyens d’y arriver qui sont différents.

Voilà ce que je vous souhaite pour cette nouvelle année : de trouver le moyen, votre moyen de vous guérir.

Le soir du 31, avec mon amie P nous nous sommes retrouvés autour d’une bouteille de champagne, de foie gras artisanal, de rouleaux de printemps fait maison. J’avais demandé à mon père de me retrouver la recette d’un dessert que faisait ma mère quand j’étais petit :

"Crème à ma façon". J’avais le souvenir qu'elle remplaçait le rhum par de la fleur d’oranger. J’ai tenté de reproduire la recette. La texture n’y était pas mais le goût lui oui. Une véritable madeleine de Proust. En plus P a adoré.

Nous avions envie de mettre derrière nous toutes nos emmerdes de l’année écoulée et de le faire de façon symbolique.

Est-ce que vous connaissez cet épisode de Friends où les filles se rassemblent le soir de la Saint-Valentin pour mettre le feu à des objets appartenant à de vieilles histoires d’amour révolues ?

C’était un peu l’idée : nous avons écrit sur des bouts de papier nos angoisses, nos douleurs, ce que nous ne voulions plus reproduire. Nous nous les sommes lus l’un à l’autre comme pour les affronter et avons mis le feu à ces morceaux de papier. La symbolique peut faire sourire mais je peux vous assurer que si l’intention y est les bienfaits sont immédiats.

Nous avons ensuite écrit sur d’autres feuilles ce que nous nous souhaitions pour nous, nos objectifs en quelque sorte, comme une promesse à nous-même que nous voulions rendre réel par les mots.

Le pouvoir des mots, le pouvoir de les écrire, le pouvoir de mettre du sens dans nos actes et nos promesses est quelque chose de terriblement intime finalement.

Qui peut nous comprendre à part nous-même ?

Même lorsque nous essayons de communiquer nos émotions, notre raisonnement, il est finalement impossible de faire l’unanimité et c’est une chose qu’il faut accepter lorsque l’on se lance dans une aventure comme celle du JOURNAL POSITIF.

Alors à celles et ceux qui se sont inquiétés de ma réaction face aux commentaires désagréables sur les réseaux sociaux, vous avez ma réponse.

Bonne Année à vous.

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